Apprendre de soi, ce n’est pas lire un manuel, ni suivre un cours.

C’est un long compagnonnage avec la vie , parfois joyeux, parfois exigeant.

J’ai appris de moi au fil des années sans toujours m’en rendre compte.

Quoi que : ce que j’ai compris de moi, souvent, c’est un autre qui me l’a révélé. Par exemple, quand les filles de la J.O.C.F. me disaient : Tu emploies toujours des grands mots. Où : On fait des choses (sous-entendu, des actions) avec toi qu’on ne ferait pas de nous-mêmes.

Ce que j’ai vécu m’a appris bien plus que les livres. Encore faut-il savoir écouter ce que la vie murmure.

Enfant, je croyais que tout s’apprenait à l’école : les mots, les saisons, les départements, les tables de multiplication…

Mais c’est la vie qui m’a donné mes plus grandes leçons.

Elle m’a montré que la peur n’empêche pas d’avancer, que les silences peuvent parler, et que les détours mènent parfois plus loin que les routes droites.

Mon passé m’a souvent bousculé, mais c’est lui qui m’a appris la patience et la gratitude. Cette gratitude que j’exprime en pensée lorsque qu’un magnifique paysage m’émeut : Merci ordonnateur des modes de m’avoir donné cet étrange état qu’est la vie.

Apprendre de soi, c’est aussi apprendre à s’écouter, à reconnaître la fatigue, la joie, l’envie où la paix. C’est sourire à l’enfant qu’on a été, celle qui pleurait toutes les larmes de son corps quand ses frères lui ordonnaient de marcher droit, et qui répondait en hoquetant : « Mais comment je vais faire dans les tournants » ? 

C’est également remercier l’adulte qu’on est devenu, et accueillir celle qu’on devient encore.

Chaque souvenir, chaque visage croisé, chaque erreur a laissé une trace. Certaines piquent encore un peu, d’autres réchauffent comme un feu de bois. Mais toutes me rappellent que je continue d’apprendre : de la vie, des autres, et surtout, de moi.

Tant que j’apprends de moi, je reste vivante.

Respirer à pleins poumons l’air du dehors.

Laisser tout mon corps se vivifier, s’imprégner, ressentir par chaque pore de la peau, par chaque alvéole de mes poumons.

C’est un geste si banal qu’on en oublie la puissance. Pourtant, chaque matin, il me relie à la vie. Je respire et je remercie.

J’ai toujours aimé ces premiers instants, quand l’aube hésite encore entre ombre et lumière. Le monde s’éveille doucement, et moi avec lui.

J’aimais aussi écouter et contempler la nuit, debout devant la fenêtre ouverte. Lorsque les nuages épargnaient le petit triangle de ciel visible depuis ma chambre, je scrutais la profondeur de la nuit.

Le ruisseau de Méreille dévalait au fond de la vallée ; les épicéas noirs découpaient leurs silhouettes en flèches sombres sur la voûte étoilée.

Aucune lumière, aucune rumeur humaine. Seulement le souffle du vent, le murmure de l’eau, et le parfum discret de la reine des prés.

Je ne contemplais pas la nature : j’en faisais partie. Une poussière parmi les poussières de l’univers, mais consciente, émerveillée, vivante.

Et c’est sans doute là le plus beau des gestes : respirer et se souvenir que, par ce souffle, je fais partie du grand œuvre du monde.

J’aimais aussi écouter le silence.

Il y a des silences qui pèsent, d’autres qui apaisent.

Celui que j’écoute n’est ni vide ni muet : il respire, il palpite, il vit.

Le silence n’est jamais l’absence de sons, mais la présence subtile du monde lorsqu’il retient son souffle.

Quand je m’arrête pour l’écouter, tout semble se dilater : le temps, l’espace, la pensée.

Les bruits du dehors, le froissement d’une feuille, le battement d’une aile, le pas discret d’un animal, deviennent alors plus clairs, comme s’ils sortaient de l’ombre.

L’œil du jardin extraordinaire de Nantes

Et, au fond de ce silence, j’entends aussi mes propres échos : le rythme de mon cœur, ma respiration, les murmures de ma mémoire.

Écouter le silence, c’est m’asseoir en paix au milieu de la vie.

C’est accueillir ce qui est, sans vouloir nommer, sans juger.

Dans ces instants suspendus, je sens parfois que le monde me parle autrement sans mots, sans gestes, mais avec une tendresse ancienne.

Le silence me relie à tout ce qui existe, et me rappelle doucement que la vraie écoute, commence, là où le bruit s’arrête.

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