Chaque soir, la chambre des garçons se transformait en salle de conférence improvisée. Enfin… « conférence » est un grand mot : c’était surtout Jean qui parlait, Alain servait de public gratuit. La litanie des « mettons que » démarrait comme une émission radiophonique dont Jean était l’animateur vedette. Lui, c’était Géo Trouvetou en version locale, le cerveau en ébullition permanente, persuadé que l’écluse et ses engrenages cachaient des secrets dignes d’un roman d’espionnage. À croire que les rouages complotaient pour renverser le gouvernement.
Dans les cités ouvrières, les familles nombreuses vivaient serrées comme des sardines, et la marmaille jouait parfois jusqu’à ce que la nuit leur tombe dessus. Les grands, Jean, Alain, Roger G., avaient inventé un jeu : « l’homme traqué ». Rien que ça. Cache-cache, c’était trop naïf pour eux. Les copains du hameau d’Hamanxard venaient en renfort, parce qu’un terrain de jeu de la taille d’un champ de bataille, ça ne se conquiert pas à trois. Le fugitif avait un temps d’avance, histoire de se prendre pour James Bond, et les poursuivants hurlaient des cris codés qui résonnaient dans la vallée comme si on préparait une insurrection.
Pour les plus jeunes restés au hameau, c’était du grand spectacle : on aurait dit qu’ils assistaient à une finale olympique, sauf que la médaille d’or se gagnait en courant derrière un copain essoufflé et rouge comme une tomate. Le retour triomphal des poursuivants et du fugitif se terminait toujours par des éclats de rire, chacun racontant son exploit héroïque, évidemment, tous avaient sauvé la partie à leur manière. La chasse durait souvent plus d’une heure, preuve que l’endurance enfantine rivalise avec celle des marathoniens… sauf qu’ici, la récompense ultime, c’était un bon fou rire et l’impression d’avoir réécrit l’histoire du village.

Se faire peur, ou plutôt jouer à dompter une peur qu’on n’avait pas encore vraiment rencontrée, c’était l’objectif officiel. En pratique, c’était surtout un prétexte pour se prendre pour des héros de film d’action. La différence d’âge n’était pas en ma faveur, j’étais la petite qui suivait, celle qu’on traîne comme un figurant indispensable. Mais j’y allais avec plaisir, persuadée que ma présence ajoutait du prestige à l’expédition.
L’été venu, dans le bosquet près de l’écluse, mes frères avaient inventé l’accrobranche avant l’heure. Oui, avant que les parcs à thème ne s’enrichissent avec des baudriers fluorescents et des casques réglementaires, nous, on faisait ça avec des noisetiers. Le principe : passer d’arbre en arbre sans jamais poser le pied au sol. La souplesse des branches servait de tyrolienne artisanale, avec effet parachute intégré. Pas besoin de brevet, juste un peu d’imagination et beaucoup d’inconscience. Heureusement pour moi, ma morphologie m’aidait : légère comme une plume, je rebondissais plus que je ne chutais. Et, miracle, cette souplesse existe encore aujourd’hui, preuve que les jeux dangereux sont parfois plus efficaces qu’un cours de gymnastique.
On appelait ça « faire des choses dures ». Le nom avait au moins le mérite d’annoncer la couleur : c’était éprouvant, mais pas mortel. Aucune fracture, aucune foulure, juste quelques accrocs au vernis de la peau. Bref, un bilan médical qui ferait pâlir d’envie n’importe quel club sportif.
Et puis il y avait l’épreuve ultime : traverser l’espace entre le déversoir et le réservoir de l’écluse. Plié en deux, les pieds sur une poutre glissante, les mains agrippées à une barre de métal (qui n’existe plus), au-dessus du grondement de l’eau qui s’écrasait en contrebas… Quatre mètres à franchir, le nez à peine plus haut que la surface de l’eau. Autant dire que même James Bond aurait demandé une doublure pour la scène sauf peut-être T. Dalton, le meilleur de tous, à mon avis. Nous, on faisait ça pour le plaisir, sans caméra ni applaudissements.


La suite de l’histoire de nos origines à partir de mon ADN
La saga des cheveux roux est restée longtemps un petit mystère familial. Un détail capillaire qui intrigue, surtout quand on sait qu’il ne concerne que 1 à 2 % de la population mondiale. Autant dire une rareté… presque une signature génétique.
La couleur rousse vient le plus souvent d’une variation du gène MC1R.
Ce gène modifie la production des pigments dans les cheveux :
- moins d’eumélanine : pigment brun ou noir
- plus de phéomélanine : pigment rouge-orangé
C’est ce mélange qui donne cette fameuse couleur rousse.
Au Moyen Âge, les cheveux roux traînaient derrière eux une petite réputation… disons mouvementée. Selon les époques, ils pouvaient être admirés pour leur singularité ou, au contraire, entourés de croyances et de superstitions plutôt fantaisistes. Comme souvent dans l’histoire, ce qui est rare finit par paraître mystérieux. et la différence plus ou moins stigmatisée.
Et puis, comme le dit le proverbe : « Pour vivre heureux, vivons cachés. »
Le gène, lui, applique ce principe avec beaucoup de discipline. Chacun peut en être porteur sans le savoir.
Si les deux parents sont porteurs du variant du gène MC1R, la probabilité de voir réapparaître ce trait peut atteindre 25 %. Le gène peut donc rester discret pendant plusieurs générations… avant de refaire surface avec une certaine malice.
Les recherches sur MyHeritage font apparaître une filiation anglaise à l’époque du Moyen Âge. La boucle des origines semble ainsi se refermer, et avec elle, le mystère des taches de rousseur de Jean.
Fait amusant : les cartes établies par MyHeritage et celles générées par ChatGPT arrivent exactement aux mêmes conclusions. Comme quoi, même les algorithmes savent reconnaître une bonne vieille histoire de famille… surtout quand elle se termine par une mèche rousse. 🔴
Ci-dessous, la carte des porteurs du gène roux

Ci- dessous, la première apparition du gène Celte insulaire, 25 % au Moyen Âge.

L’ascendance anglaise (Bretagne Romaine) est plus évidente à l’époque romaine.

La particularité des yeux bleus de notre papa, dont seul le dernier de la fratrie a hérité, est une autre histoire à suivre… la semaine prochaine.
- Quatre années trépidantes
- Où ai-je trouvé cette force ?
- « Pourquoi fais-tu tout cela ? » demandait ma mère.
- La pluie a-t-elle le goût des larmes ?
- Qu’ai-je appris sur moi ? Et quel geste simple rend ma journée plus belle ?
Quel endroit m’a marqué et pourquoi ?
Que sont devenues les neiges d’antan ?
Qu’est-ce qui m’émerveille aujourd’hui ?
https://boomeuse.org/2026/01/15/quest-ce-qui-me-donne-de-la-force/
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